C’est l’histoire deux petites grenouilles mâles « Terre de port » qui vivent dans une belle et grande Roubine de la Capitale. Le premier s’appelle « Sonard », il est rondouillard avec une tête de « Gobi » et cascaille de longue. Le second se prénomme Cedy, plus arencade et aussi plus jeune, un tantinet escournifleur et répoutégaïre.

Alors que tout semblait bien aller bien parmi les habitants, les deux closques décidèrent un soir en grands autocrates de réorganiser le marais, et d’en faire un espace plus fonctionnel. Ainsi, tout estourbis de présenter leurs projets ils proposèrent donc à toute la faune de la Roubine d’Espeyran de se réunir.  

Ce jour là, les animaux arrivent donc en masse, soucieux de leur avenir. Ragondins, crapauds, gambusis, libellules, carassins se rassemblent autour de nos deux ensuqués. Les moustiques, en pleine activité en cette saison, n’ont pas jugé nécessaire de faire le déplacement.

Sonard prend de suite la parole, avide de créer la sensation et de se faire une notoriété.

« Mes compatriotes,

La situation de notre marais est pour le moins désastreuse, nous devons relancer la croissance, prendre en considération l’ethnographie et offrir plus de sécurité aux résidents » Sonard était très amateur de belles formules, il savait bien séduire son auditoire, on sentait qu’il avait l’intention de conquérir la roubine !

« Voilà donc mon programme :

- Les grenouilles constitueront à elles seules l’assemblée parlementaire, pour mener une réflexion de fond sur notre programme et  administrer la vie de notre roubine.

- Les ragondins devront bâtir des digues pour se protéger des roubines voisines.

- Les carassins devront se teindre en rouge, franchement ils ont une couleur décatie, c’est trop laid ! Nous avons besoin de gaieté !

- Les moustiques devront cesser de se reproduire en masse, leurs têtards de mistons sont de longue au milieu de nos pattes, franchement c’est de plus en plus ingérable ! En plus les touristes nous en remercieront !

- Des filtres seront installés dans le marais pour rendre l’eau plus claire, aussi les libellules devront assurer l’animation à la surface de l’eau et se maquiller davantage pour un bleu plus éclatant.

Notre roubine deviendra ainsi la plus belle de toute la Camargue, les touristes se déplaceront en pagaille pour la découvrir ! »

C’est l’émoi au sein de l’assemblée, certains résidents s’extasient face à cette annonce et applaudissent à tout rompre, d’autres au contraire s’en inquiètent et restent dubitatifs.

Sonard, qui doit son surnom à la vitesse de propagation de sa voix, cria si fort, que toute la Camargue fut avisée de ses projets. Dès lors les médias s’emparèrent aussitôt de l’information et arrivèrent en masse à l’affût de ses apparitions.

Cedy est abasourdi d’avoir entendu tout cela, ça lui a donné le bomit, il a une brave colère contre la tronche d’esque de Sonard…

« Oh purge, ça va mal virer tout ça. Le perruquier il nous met le feu dans la roubine, j’ai les nerfs comme les queues de vache !!! »

La roubine est en ébullition, on assiste à un joyeux tintamarre. Les uns sont contents, les autres se fâchent, rouspètent et s’insultent. Les langues de peille s’en donnent à cœur joie, Sonard est devenu le génie du marais mais dans une cacophonie incommensurable !!!

Cedy et quelques amis suggérèrent qu’il était temps de rébéquer. Ils décidèrent alors de rassembler toute la faune des marais, pour causer de tout cela, car tout est vraiment parti en biberine ces dernières heures. Une grande fête votive est donc organisée à cette occasion, taureaux, chevaux sont de la partie, histoire de rameuter les troupes. Les moustiques, face à la crise ont compris que leur présence était indispensable, plus que jamais leur avenir était compromis à eux aussi. Les habitants se comptaient par centaine pour écouter Cedy et ses déclarations.

« Mes amis,

Sonard vous a vendu du rêve, nous n’avons pas besoin d’une vitrine, nous voulons juste vivre sereinement avec nos enfants. Il a autant de bon sens qu’un âne cornu ! Il ne faut pas craindre de se rebeller sinon il va nous faire la misère, croyez moi ! On est tous différents, on est tous unique et on doit tous être égaux. Ne laissons pas Sonard choisir ce qu’il prétend être le mieux pour nous. Réveillez vous mes amis, il a semé l’incompréhension, le rejet et la division chez nous autres. Vous vous rendez compte, il y a degun à l’apéro à la buvette maintenant, c’est pas une vie ça !!! Et puis s’il n’est pas content, qu’il mette le cul au vent… »

C’est l’estrambord, Li Festejaire proposent un baleti, et  les  bazarettes s’esclaffent toute la soirée. Quelle ambiance ! tout le monde commence à comprendre que Cedy n’a pas vraiment tort, la vie d’avant, c’était mieux quand on faisait la fête, avec l’apéro et les agapes. Y’avait l’ambiance, les éclats de rire, même les taureaux  ces derniers temps y n’osaient plus se baigner !

 Alors dans un mouvement de solidarité, moustiques, grenouilles, ragondins et même les flamands roses s’unirent pour lutter contre les idées de l’autre espelouffi.

Finalement, Sonard le vaniteux sorti vaincu, il a compris que la démocratie a eu raison de lui.  

Toutes les batailles de la vie nous enseignent quelque chose, même celles que nous perdons !

« La raison du plus fort est toujours la meilleure. »