Oh zigue, ravises les tubes de crème verte ou noire que les autres y te vendent en te disant y’a de l’olive dedans, c’est provençal… Oh l’ensuqué, la Provence, tu la mets pas en tube !

Comme tu le sais, pas question d’envisager un apéro sans prévoir quelques agapes et petites grignoteries délicieuses en t’en faire péter le ventre ! Sinon tu t’empègues beaucoup trop vite, après tu ronques et tu ne sers plus à rien, c’est un peu fada de ta part !  Chez nous autre, on prend le temps de déguster tout en s’hydratant régulièrement bien sûr…  C’est pourquoi l’apéro y commence à onze heures et après on dîne…

Alors la bougnette, elle aime préparer des petites choses à t’en faire sauter l’embouligue, et comme on est au pays de l’olive, elle n’oublie jamais la TAPENADE ! Verte ou Noire, peu importe c’est de l’olive de Camargue. Donc dés fin septembre tu ramasses les olives vertes dans ton jardin et tu attends pour les noires… Oh le type, il a même pas d’olivier dans le Nord, après Valence ! Bon passons…

Avant même de te lancer dans la préparation, tu vérifies une chose indispensable, primordiale, capitale : Les glaçons et l’eau fraîche, car ton apéro, il deviendrait vite insipide sans fraicheur ! Une fois que tu es rassuré pour la suite, c’est bon tu peux te lancer !!! Remarque au pire, il y a la glacerie du port, faut juste qu’elle soit ouverte, remarque là c’est un cas d’extrême urgence et tu peux y envoyer les gosses, y faut les éduquer de suite !

Pour la vraie de vraie, la tapenade se prépare au pilon en olivier ou en marbre, avec nos temps modernes on utilise le robot, mais les mamets, ça les fait rouméguer ! Sans déconner tout se perd, on a le temps je te dis !

200 gr d’olives noires te suffisent, bien charnues du tafanari. Tu les pègues au fond de ton mortier en bois d’olivier pour les pastéguer avec ton pilon. Une fois que tu obtiens une pâte, tu ajoutes une gousse d’ail écrasée au pressoir (que t’ai allé cherché en Lozère, car l’ail là-bas il est meilleur) une cuillère à café de câpres (que personne y sait d’où que ça vient) et un à deux filets d’anchois, péchées au large des Saintes quinze jour avant et mise avec de l’huile… d’olive. Un petit conseil, ta gousse d’ail tu peux la blanchir au préalable, c’est plus digeste et le gout de tes olives n’en ressort que mieux.

Rancone pas, car il te faut une pâte homogène, donc tu boulègues… Tiens d’ailleurs si ça te pèse, tu peux te requinquer avec une anisette, histoire de pas gaspiller les glaçons que les gosses y sont allés chercher sur le port.

Tu montes  progressivement ta tapenade en incorporant 20cl d’huile d’olives. Tout doucement car tu n’es pas pressée, je te rappelle que « les parisiens y z’ont la montre, et nous, les gens du sud on a le temps ! ». 

Après à toi de voir, en fonction de tes goûts, tu peux ajouter une pincée d’origan, ou de la tomate séchée, de la coriandre, du fenouil des rues, du citron, de la menthe ou du basilic. T’es pas fada, tu ne mets pas tout en même temps, tu choisis selon ta fantaisie du jour, juste pour la sensation rétro olfactive !!!! J’utilise des grands mots, ça fait intellectuel ! Si j’avais été moins couillon, j’aurai pu être vachement intelligent moi aussi !

La Tapenade, tu la dégustes tout simplement sur un petit crouton, tu peux aussi tremper des bâtonnets de légumes crus ou des œufs de caille. Mais dans la gastronomie Camarguaise, on l’utilise dans les préparations culinaires pour la cuisson des volailles, du poisson, des tartines ensoleillées à griller au four,  en papeton ou en feuilleté, mais on va pas tout te dire aujourd’hui, y faut qu’on te laisse saliver, chez nous autre on a le temps.

Pour sa sœur jumelle avec l’olive verte, tu rajoutes juste quelques pignons de pins ou de la poudre d’amande, pour une meilleure tenue.

Mais pour nous, la Tapenade, c’est avant tout le caviar de l’apéro au parfum de Camargue ! Pour la conservation places là au frais, mais tu la sors 10mn avant l’heure pour la subtilité des arômes ! C’est juste de la régalade !

Maintenant tu as deux options pour te bouger un peu avant de taquiner la bouteille : « la partie de boules ou de cartes ». Tout dépend de la cagne. Méfi ! Quand arrive midi l’air brûle, tu vas pas t’estourdir sous le feu, et la pétanque, ça te fatiguerait pour rien ! Alors que sous la tonelle, à l’ombre de la vigne, tu peux profiter du chant des cigales, tout en jouant à la belote. Le bruit sourd des glaçons dans ton eau fraiche aromatisée, va te faire tourner la tête, c’est une brave jouissance. Et commence pas à t’enfader parce que tu perds, ça te lèverai tes émotions, tu deviendrais un peu jobastre l

Tu sais ce qu’on dit chez nous autre, « La belote c’est comme le sexe, quand on a pas un bon partenaire, il faut une bonne main ».